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France défense diplomatie océans industrie,PREV February 9 2019 - 4:38 PM

Le porte-avions, outil de puissance sur des mers chaque fois plus disputées (ANALYSE) Par Fabien ZAMORA =(Photo)= Paris, 9 fév 2019 (AFP) - L'évolution des tactiques et du contexte géopolitique modifient le rôle du porte-avions, moins orienté vers les opérations côtières, et plus vers la domination d'espaces maritimes chaque fois plus disputés, théâtre des prochaines confrontations, notamment dans la zone indo-pacifique. "Cet outil, qui s'est beaucoup impliqué dans des opérations aéro-terrestres, va revenir inévitablement au champ maritime (...), au rapport de force en très haute-mer", résume le capitaine de vaisseau Marc Antoine de Saint Germain, "Pacha" du Charles de Gaulle, l'unique porte-avions français, en manoeuvre au large des côtes corses. Deux phénomènes conjoints l'expliquent. D'une part, un vent mauvais souffle des côtes et menace ces titans des mers. Il s'agit des stratégies dites de "déni d'accès", et des nouvelles armes. "Un porte-avion est une cible facile" et alléchante, rappelle Felix Arteaga chercheur à l'institut Real ElCano de Madrid, rappelant son coût très élevé. Le "déni d'accès" consiste pour un pays à déployer des défenses (comme des missiles anti-navires) pour empêcher les mouvements des forces étrangères à proximité de son territoire, entravant ainsi une des fonctions du porte-avions: la projection de force. D'autre part, de nouvelles armes arrivent dans le jeu, comme la technologie du missile hypersonique que toutes les grandes puissances cherchent à acquérir, menaçant les coûteux vaisseaux. M. Arteaga estime lui que "l'utilité du porte-avions comme vecteur de projection de force est largement érodée" par ces évolutions, qui "compliquent ses interventions" et mobilisent beaucoup de moyens. Côté français, "il y a une réflexion doctrinale pour s'adapter aux menaces comme le déni d'accès, une réflexion permanente", explique le pacha. - "Deuxième Guerre froide" - Mais pour Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l'Institut franco-belge Thomas More, ces menaces ne doivent en aucun cas dissuader un porte-avion d'entrer dans ces zones disputées et ne remettent pas en cause sa pertinence. "La France et les puissances occidentales ne peuvent partir du principe qu'une part croissante de l'Océan (...) leur serait +naturellement+ interdite et qu'il faudrait s'en accommoder", prévient-il. "Le conflit sourd dans lequel nous sommes entrés, soit une +deuxième guerre froide+ (...) est d'abord une épreuve des volontés: si d'emblée nous considérons comme acquis la perte de contrôle des mers et océans, au fondement de la longue hégémonie occidentale, ce serait une première victoire pour les puissances" comme la Chine ou la Russie, estime-t-il. C'est là le deuxième axe de cette tectonique maritime: les océans redeviennent un champ de bataille majeur, où les porte-avions pourraient être des cartes maîtresses. "On observe un retour du rapport de force" en mer, analyse l'amiral Olivier Le Bas, qui dirige le groupe aéronaval français. "Très clairement, on assiste à une remilitarisation de grandes puissances et de nouvelles grandes puissances, comme la Chine ou la Russie", jugeait en novembre l'amiral Christophe Prazuck, chef d'Etat-Major maritime français. "D'autres puissances régionales, l'Australie, l'Inde, le Japon investissent également dans ces outils océaniques de puissance", derrière les Etats-Unis, plus grosse marine du monde et champions des porte-avions. Dans ce contexte délétère, le Charles de Gaulle et son groupe "donnent à la France beaucoup de crédibilité", estime l'amiral Lebas. Pour M. Arteaga, "c'est là l'utilité du porte-avions: le prestige. Seules les grandes puissances ont ce type de navire (...) cela leur donne un statut de marine prestigieuse capable d'interventions". - Indo-pacifique - Un des points névralgiques est la zone indo-pacifique, dont le gouvernement français souligne régulièrement l'importance stratégique, pour Paris qui y possède de nombreux intérêts et pour le commerce mondial. "Risques et menaces s'accumulent" là-bas, souligne M. Mongrenier, notamment en raison des ambitions chinoises. "Il faut y affirmer sa présence, et cela concerne au premier chef Français et Britanniques". Paris renforce ses alliances dans la région, en vendant des Rafales à l'Inde, des sous-marins à l'Australie, en renforçant son partenariat de défense avec le Japon. Mais, explique-t-il, cette implication dans la région repose aussi "sur la capacité à projeter de la puissance dans la région, ce qui nous ramène au porte-avions. Telle est la logique qui sous-tend la prochaine mission" du Charles de Gaulle qui fera route vers la zone dès le mois de mars. fz/mw/cac

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