AFP

Sénégal France santé épidémie virus pandémie transport aviation,PREV 9 April 2020 - 10:46

Au Sénégal, un apprenti diplomate français au coeur de "l'opération Casamance" (PAPIER D'ANGLE) Par Laurent LOZANO =(Video)= Dakar, 9 avr 2020 (AFP) - Cent trente Français et Européens bloqués dans un coin reculé du Sénégal ont pu gagner la France par vol spécial mercredi après des jours d'incertitude causée par le coronavirus: "Une bonne chose de faite", respire Kilian Bridon, volontaire de la diplomatie française. A 25 ans, Kilian Bridon, fraîchement sorti de la Sorbonne, est l'un de ces nombreux jeunes qui choisissent de servir plusieurs mois dans les ambassades, les instituts, voire les entreprises françaises à l'étranger. Volontaire international chargé de la coopération en Casamance (sud) pour l'ambassade de France, il a été sur le terrain l'une des chevilles ouvrières d'un rapatriement qui a mobilisé les efforts de la diplomatie française avec le concours de deux compagnies aériennes et des autorités sénégalaises. Il a étudié la géopolitique et aimerait intégrer la diplomatie. Pour son volontariat, il avait choisi la singulière et marginale Casamance, non pour les plages, les paysages de mangrove et la douceur de vivre qui attirent de nombreux Français et étrangers en villégiature ou à résidence, mais en raison du conflit mené à partir du début des années 1980 par les séparatistes contre le pouvoir central de Dakar. Le conflit, dont tous les feux ne sont pas éteints, constitue un épisode marquant de l'histoire contemporaine du Sénégal. Arrivé en Casamance il y a trois semaines, il a été servi en matière de crise. Un "baptême du feu", dit-il. Pendant "quelques jours, j'ai connu la Casamance comme elle est censée être en temps normal". Puis elle a été atteinte par les retombées du Covid-19, et le jeune homme s'est retrouvé aux avant-postes, avec la directrice de l'Alliance française et les consuls honoraires sur place. - Soutien psychologique - Avec l'apparition des premiers cas, le Sénégal a suspendu les liaisons aériennes internationales. Des milliers de Français et étrangers ont été pris de court à travers le pays. Sans avion, l'enclavement casamançais a compliqué la donne. Dakar est à sept heures de route. Et puis les autorités ont interdit de circuler entre les régions. L'Etat français s'est démené pour porter assistance à ses ressortissants au Sénégal. La cellule de crise de l'ambassade a traité 20.000 appels et 10.000 emails. Elle a assuré l'information et le contact avec l'importante communauté française au Sénégal (23.000 personnes au moins), sans parler du suivi des malades, une trentaine d'hospitalisés sur les 244 cas déclarés dans le pays. "Moi, c'était plus artisanal", dit Kilian Bridon. "Les gens, je les rencontrais à la terrasse de l'hôtel les premiers jours. Après, très vite, mon numéro a circulé par des canaux que je ne maîtrisais plus". On se tourne vers lui "pour absolument tout: s'inscrire sur les listes pour partir vers Dakar, obtenir les autorisations administratives de circulation, trouver un chauffeur, parfois même, pour certaines personnes qui souhaitaient rester ici, (trouver) une réponse psychologique". Il fait l'interface avec le préfet et le gouverneur locaux. La Casamance n'a compté que quelques cas de contamination. En l'absence d'alarme sanitaire, des touristes, des humanitaires, des résidents décident de prolonger leur séjour ou de rester, en attendant la reprise des vols. Jusqu'à ce que les économies se tarissent, que les proches à la maison se fassent trop pressants, qu'un traitement médical s'épuise ou que l'inquiétude gagne, et qu'on finisse par saisir l'occasion des vols spéciaux quand elle s'est présentée. - "Formation accélérée" - Quinze de ces vols commerciaux ont été mis en place avec Air France, Air Sénégal et Transavia pour acheminer les naufragés du coronavirus. Mercredi, deux ATR vides d'Air Sénégal sont allés chercher 130 Français et Européens en Casamance et les ont amenés à Dakar, où ils ont rejoint près de 250 voyageurs en partance pour Paris par Air France. Chez les passagers le soulagement le partage aux sentiments mitigés sur ce qui les attend en France. Une Toulousaine en transit dit s'être résignée à quitter la Casamance parce qu'elle n'avait "pas envie de subir la pandémie là-bas". Ce qu'on a appelé plaisamment "l'opération Casamance" à l'ambassade s'achève. Les évènements ont délivré à Kilian Bridon une "formation accélérée" à la gestion de crise, dit-il. Il a découvert "le Quai d'Orsay dans un moment de tension extrême". Cela "permet aussi de voir, même quand certains en doutent, que l'engagement public, ça existe encore". Environ 4.000 personnes ont quitté le Sénégal sur ces 15 vols spéciaux. L'ambassade chiffre prudemment à 400 le nombre de Français qui cherchent encore à rentrer. Après la Casamance, elle travaille à un autre projet encore plus compliqué, "l'opération Banjul", avec la Gambie. lal/siu/sba

Issue 83