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USA défense politique gouvernement,PREV June 19 2019 - 9:36 PM

Le Pentagone affaibli dans un contexte de tensions accrues (PAPIER D'ANGLE) Par Sylvie LANTEAUME Washington, 19 juin 2019 (AFP) - Avec la démission de Patrick Shanahan et l'arrivée d'un nouveau chef par intérim, Mark Esper, le Pentagone se retrouve affaibli, sans ministre titulaire depuis plus de six mois, alors que les Etats-Unis mènent deux guerres et que la tension monte avec l'Iran. "Pour le bien de notre sécurité nationale, nous avons besoin d'un ministre de la Défense titulaire et pas d'un simple intérimaire, et j'espère que nous y parviendrons dès que possible", a noté le sénateur républicain Jim Inhofe dans un communiqué. L'exécutif américain ne compte plus de ministre de la Défense titulaire depuis la démission fracassante de Jim Mattis en décembre 2018, sur fond de profonds désaccords avec le président Donald Trump. Or l'ancien général des Marines était considéré comme un garant de stabilité dans une administration agitée de secousses. Le processus de confirmation des fonctions élevées du gouvernement est long et complexe aux Etats-Unis. La police fédérale américaine (FBI) mène des enquêtes de personnalité sur tous les candidats, puis l'exécutif doit envoyer au Sénat la nomination formelle du candidat --ce que M. Trump n'a fait qu'avec cinq mois de délai dans le cas de M. Shanahan-- et enfin le FBI informe le Sénat de ses conclusions. Le Sénat approuve alors, ou non, cette nomination, d'abord en commission, puis en session complète. Pendant tout ce processus, le candidat est fragilisé et le fait de ne pas être ministre en titre limite sa capacité à résister aux impulsions d'un président comme M. Trump. Même s'il a tenté de maintenir une certaine indépendance vis-à-vis de M. Trump, en insistant notamment sur le fait que l'armée ne devait pas être politisée, Patrick Shanahan, propulsé à la tête de la première armée du monde alors qu'il n'avait aucune expérience militaire ni politique, avait dû plier devant la volonté du président de déployer des milliers de militaires américains à la frontière mexicaine. "J'aime les intérims", déclarait le milliardaire républicain en janvier. "Ca me donne plus de flexibilité". - A quand la confirmation? - Le Pentagone, qui observait déjà une grande discrétion sous M. Mattis, soucieux de ne pas s'attirer les foudres du président Trump, est soudainement devenu muet à l'arrivée de M. Shanahan début janvier. Alors que les Etats-Unis sont engagés militairement en Syrie et en Afghanistan, les porte-parole ont évité les caméras et la salle des conférences de presse du Pentagone, pourtant refaite à neuf, n'a pas été utilisée depuis plus d'un an. Les seules personnes acceptant d'expliquer la stratégie militaire américaine ne parlaient plus que sous couvert de l'anonymat. Quand un porte-parole acceptait d'être cité, c'était sous forme de communiqué, pour ne pas avoir à répondre aux questions des journalistes. Le nouveau ministre par intérim, qui doit prendre ses fonctions dès lundi, a davantage d'expérience politique que M. Shanahan, ayant conseillé plusieurs sénateurs en matière de sécurité nationale. Mark Esper est aussi un ancien militaire, ce qui lui donnera plus de légitimité au sein de l'armée américaine. Il est en outre très proche du prochain chef d'état-major américain, le général Mark Milley, qui doit succéder fin septembre au général Joe Dunford. Mais, comme M. Shanahan, M. Esper est aussi un ancien lobbyiste, pour le compte du groupe de défense américain Raytheon, ce qui pourrait compliquer sa confirmation par le Sénat. L'organisation Citoyens pour la responsabilité et l'éthique à Washington (CREW) à l'origine d'une enquête sur M. Shanahan sur ses liens avec son ancien employeur Boeing, a déjà fait savoir que M. Esper risquait lui aussi d'être "entaché" par ses liens avec Raytheon. "Son respect des règles d'éthique --et sa capacité à les respecter-- seront des choses que nous suivrons attentivement", a ajouté l'organisation. La transition devrait se faire en douceur, mais l'été approche et les vacances parlementaires doivent commencer début août, ce qui laisse peu de temps pour un vote sur la confirmation de M. Esper avant l'automne. sl/sdu

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