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santé épidémie armée France politique,PREV March 26 2020 - 8:25 PM

"Résilience": l'armée française au défi de convaincre face au coronavirus (PAPIER D'ANGLE) Par Didier LAURAS =(Photo+Video)= Paris, 26 mars 2020 (AFP) - Coup de communication ou coordination bienvenue ? Le dispositif "Résilience", qui rassemble les actions de l'armée française pour lutter contre le coronavirus, va l'obliger pour convaincre à multiplier les opérations de proximité après plusieurs actions de grande ampleur. L'opération lancée mercredi par le président Emmanuel Macron est censée coordonner, au sommet de l'état-major, l'ensemble des actions militaires face à la crise sanitaire. La ministre des Armées Florence Parly l'a rappelé jeudi sur RTL, Résilience a d'abord pour objectif "d'intégrer ces différentes interventions à l'intérieur d'une opération interarmées". Pour venir en aide aux populations d'outre-mer, deux porte-hélicoptères amphibie (PHA) seront déployés respectivement vers l'île de la Réunion et dans la zone Antilles/Guyane. Résilience englobe aussi ce qui a déjà été accompli: les transferts de malades de Mulhouse par avion et de Corse via un porte-hélicoptères, ainsi que la fabrication d'un hôpital de campagne de trente lits à Mulhouse. Autant d'opérations inédites et extrêmement lourdes. Va s'y ajouter désormais "un ensemble d'actions plus discrètes et plus humbles", sur commande des préfets, à la demande éventuellement d'entités locales telles que les Agences régionales de santé (ARS), expliquait-on jeudi au cabinet du ministère. "On met sur tout ça un chapeau fonctionnel qui est très utile, une chaine globale interarmées avec des process qui fonctionnent", ajoutait-on de même source en soulignant les similarités avec Sentinelle, dispositif antiterroriste qui mobilise jusqu'à 7.000 militaires. Mais depuis le discours d'Emmanuel Macron, jugé très martial par certains adversaires politiques, l'initiative peine à convaincre. Le président "se lance dans l'opération militaire Résilience pour jouer au chef de guerre et mobilise deux navires de guerre sans équipement sanitaire. On ne sait même pas quelles sont leurs missions. Croit-il qu'on élimine le coronavirus avec des bateaux de guerre ?" s'est interrogée dans un tweet Esther Benbassa, sénatrice EELV. "Où sont les masques ?" - "Image kakie" - Bénédicte Chéron, historienne spécialiste des questions de défense, évoquait pour sa part, aussi sur Tweeter, "l'utilisation de l'image kakie dans la communication politique, au sujet d'une crise qui n'est pas d'abord de nature à nécessiter une réponse militaire". Un commentaire posté sous une photo du président en plein discours à Mulhouse, juste après sa visite de l'hôpital de campagne. Mais l'état-major défend avec conviction l'efficacité du projet. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, des masques ont été acheminés dans des centres de stockage de l'ensemble des départements, a-t-il indiqué dans un communiqué, première matérialisation de Résilience. "On peut très bien imaginer que (les militaires) viennent soulager certaines missions confiées aux forces de l'ordre comme la surveillance dynamique d'un certain nombre de bâtiments", a précisé par ailleurs à l'AFP Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est, du Bas-Rhin et de la zone de défense et de sécurité Est. "J'ai interrogé tous mes collègues de la zone pour savoir justement quels étaient leurs besoins". Tout se joue, selon le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l'état-major, entre un préfet et le général titulaire de l'autorité militaire de la zone, habitués à travailler ensemble. Il revient à l'officier de constater que les moyens civils ne permettent pas d'assurer une demande spécifique, puis de trouver une solution alternative au sein des armées, avec ou sans l'aide de l'état-major. "Si on lui demande de transporter une tonne de masques sur cent kilomètres dans un département, pas besoin d'un énorme processus", résume à l'AFP le colonel Barbry. Mais si les moyens réclamés sont importants en termes de ressources, "il y aura remontée d'information et étude de faisabilité". Le dispositif se veut donc agile et proportionné. "Le but de Résilience, c'est qu'on ne soit pas obligé de téléphoner à Paris pour promener le chien", résume, lapidaire, une source gouvernementale. Reste à mesurer sur la durée comment les militaires pèseront sur une crise qui n'a pas encore atteint son pic. Et l'armée, rappelle l'état-major, doit conserver un total de 30.000 soldats pour ses missions essentielles de sécurité. Mais le discours est résolument volontariste. "Les liens avec l'autorité militaire sont excellents", martèle Josiane Chevalier. "C'est de l'action concrète. Je m'inscrit en faux sur le fait qu'il s'agit d'une opération de communication". dla-burs/vl/mm

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